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06 septembre 2014

Azouassi Zodji : la potière d’Adandokpodji Oukanmè

Les poteries d’Azouassi Zodji.(benincultures.com)
"De la vaisselle aux objets décoratifs, de l’utilitaire au rituel, les poteries qu’elle propose sont empreintes d’une touche artistique véritable."




"Nous arrivons par un samedi matin de fine pluie sur Abomey. La terre couleur rouge..."

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"...de la ville historique nous rappelle l’âme rustique des lieux. Nous sommes au quartier Adandokpodji Oukanmè. La traversée de la cour vers sa résidence-boutique se fait sous le gai chahut des enfants de la maisonnée. Elle est là, discutant les prix de quelques poteries vaisselles qu’une cliente lui marchande. Chez Azouassi Zodji, l’argilerègne. Elles sont de formes et de tailles variées, les poteries d’Azouassi Zodji. De la vaisselle aux objets décoratifs, de l’utilitaire au rituel, les poteries qu’elle propose sont empreintes d’une touche artistique véritable. Pour le plasticien Yves Pèdé qui rêve lui consacrer une collection, « elle a un sens très poussé de la créativité qui la distingue des autres ». Héritière de la grande famille potière Lègonou d’Abomey, Azouassi Zodji est une artisane de souche dont l’art s’est bonifié au fil de ses nombreuses années de vie ; parce que sa vie s’est confondue à sa carrière.
Elle qui a commencé sa pratique de la poterie depuis son enfance, comme toutes les potières de son âge, a fini par donner une touche personnelle à son œuvre. Le travail de l’argile ne sera plus une simple activité de lignée chez elle, mais un métier la consacrant artisane professionnelle depuis plusieurs décennies.
« Mon statut de potière, je l’ai hérité de ma lignée. Les formes et autres perspectives que je donne à ma poterie aujourd’hui relèvent de ma propre créativité. Et là, c’est le Créateur qui m’a inspirée », confie-t-elle, la voix empreinte de fierté et de reconnaissance.

Azouassi Zodji et sa technique 
 A partir de patrons divers, les doigts rêches mais habiles de la potière obtiennent des formes et des thèmes à usages variés. Outre les étapes de pilage, de tamisage et de pétrissage de l’argile jusqu’à obtention d’une pate à l’élasticité voulue, son travail passe par d’autres étapes incontournables. Le modelage. Ici, les formes et les motifs sont obtenus par séchage au soleil pour la consolidation des formes. L’attention et l’expertise sont grandes et restent des savoirs empiriques.
 Viennent les étapes de la cuisson et de la finition. La cuisson se fait par feu pour assécher entièrement l’argile et la rendre étanche. Le vernissage vient enfin conclure. Pour ce qui est du vernissage, chez elle, il se fait à base d’un vernis de préparation traditionnelle héritée également de ses parents. Il s’agit d’une solution entièrement naturelle et écologique dira-t-on car faite à base d’écorces d’arbres. Le résultat est éloquent, le vernis donne une réelle brillance aux poteries. Après un nouveau séchage, elle passe à l’essayage pour ce qui concerne les récipients pour s’assurer de leur étanchéité en y versant de l’eau. En gros, un travail qui nécessite du temps, de la patience et de l’agilité.
 La touche artistique chez Azouassi Zodji se note tant dans sa poterie à usage domestique que celui rituel. Dans le domaine du rituel, son art repose sur la réalisation de symboles identitaires de rois d’Abomey et de divers dieux tels que Zangbéto ou encore Dan Ayido Houèdo. De même, elle fabrique des jarres à usage rituel ou cultuel pour des cérémonies communautaires. En termes de poterie domestique, elle conçoit et réalise des objets décoratifs ou de piété chrétienne, des ustensiles de cuisines de toutes sortes : assiettes, gobelets, gargoulettes artistiquement façonnés à l’image du grand coq qu’elle a fini par vendre à sa cliente à 3 000 francs CFA, le samedi 16 août dernier.

Un art qui s’en va assurément s’éteindre 
A la différence des réalités de son époque, Azouassi Zodji n’a pas de fille héritière à proprement parler. Pourtant, il y a, dans cette pratique artisanale, une valeur patrimoniale à protéger, à conserver et à développer. Même si le transfert de ce savoir a fini par ne plus se faire exclusivement par le lien du sang, le risque de le voir s’éteindre est patent.
Par ailleurs, le caractère encore rustique des techniques de fabrication et les maigres revenus qui, conséquemment s’en suivent, n’encouragent pas non plus les candidats à cet héritage de haute portée historique. Même si ce dernier a valu à Azouassi Zodji de participer à plusieurs foires au Bénin, en Afrique et en France.
Yves Pèdé en précise les enjeux économiques : « …Au Ghana par exemple, ils ont su accompagner ceux qui font le travail de telle manière qu’ils disposent de fours très améliorés, qui produisent à une échelle industrielle. C’est le genre de choses qui nous manquent ici. Avec son âge, elle en est encore à se démener, à sécher, à cuire au bois et au paillasson avec toute la chaleur qui va avec. Ceci est une tare qu’il faut corriger. »

 Entourer cette créatrice d’une équipe pouvant moderniser son travail aiderait à son développement et à sa conservation. Et lorsqu’elle répond à sa cliente, qui voulait davantage d’assiettes, qu’elle ne pourrait pas tenir dans le délai de la commande supplémentaire à cause des aléas climatiques du moment, c’est la preuve qu’il est urgent d’optimiser sa production par un encadrement technique et industriel efficace qui puisse à terme alimenter l’économie locale."

par Hurcyle Gnonhoue, Auteur, nouvelliste, dramaturge et témoin de la vie culturelle de son pays. 
https://www.benincultures.com/fr/azouassi-zodji-la-potiere-dadandopkodji-oukanme/


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