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19 juillet 2013

UN ÉTAT D'ESPRIT NÉFASTE AU DÉVELOPPEMENT

Le Béninois se méfie du Béninois!
Par David Cadasse Rédacteur en Chef à http://www.afrik.com


David Cadasse
"La béninoiserie ou quand la jalousie est un frein culturel au développement. Médisance, croc en jambe, coup bas, sorcellerie ou même élimination physique, la béninoiserie est un véritable phénomène de société au Bénin. Forme paroxysmique de la jalousie, elle consiste à faire tout son possible pour empêcher un tiers d’évoluer. Un travers qui expliquerait notamment la discrétion et le manque de solidarité de la diaspora béninoise."

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« A l’étranger : un Béninois + un Béninois = zéro. Et un Béninois + un Béninois, à l’intérieur du Bénin = -1. » C’est avec cette formule inspirée qu’un responsable béninois de la Junior Achievement, une organisation internationale d’apprentissage à l’entrepreunariat et au leadership avait symbolisé ce que beaucoup de monde au Bénin désigne sous le nom de béninoiserie. Une jalousie, endogène à la société, qui conduit à tout faire pour mettre des bâtons dans les roues de ceux qui souhaitent avancer. Un phénomène, certes, partout présent en Afrique dirons certains, mais qui semble prendre une autre dimension chez les Béninois. Il expliquerait même pourquoi la diaspora nationale avancerait en rang si dispersé : chacun pour soi et Dieu pour tous. « C’est un trait de caractère particulier au Béninois, explique Mireille, 30 ans, attachée commerciale à Cotonou. Il fait tout pour ramener la personne qui essaie de monter à son propre niveau et même plus bas, au lieu de se battre et d’économiser son énergie pour monter lui-même. Il est capable de mentir, de tuer, de jeter des sorts, bref, faire tout ce qui est humainement et inhumainement possible de faire pour arriver à ses fins. » La béninoiserie, un terme né il y a 14 ans « La béninoiserie est un terme qui est apparu après la conférence nationale (février 1990, ndlr) », rappelle Mireille. Une date à laquelle sursoit Sessi, journaliste à Cotonou. Et d’y aller de sa propre définition : « L’adage ‘L’union fait la force’ n’est pas de mise dans le concept de béninoiserie. C’est chacun pour soi, dans son coin et dans l’ombre. Le fait est que le Béninois veut être au centre de tout. ‘Si ce n’est pas moi, ça ne marche pas. Si c’est l’autre, c’est mauvais’ . Alors il voit en l’autre un ennemi au lieu d’une force positive sur laquelle il peut compter ». « ‘‘Dieu demande à un Béninois : ‘Demande moi ce que tu veux mais ton voisin aura le double.’ L’homme réfléchit et se dit : ‘Si je demande 10 millions, l’autre aura 20 millions... Pas question !’ Après mures réflexions il finit par demander à Dieu de lui crever un œil.’’ Ça c’est le Béninois typique », explique Mireille qui rapporte cette blague actuellement en vogue à Cotonou. « Ce sont des choses qui freinent le pays », estime l’artiste zouk béninois Richard Flash, qui a fait une chanson sur le sujet dans son dernier album Zê-Kémi. Il précise qu’il ne l’a pas fait pour dénoncer le phénomène, mais plutôt pour sensibiliser ses concitoyens à cet état d’esprit néfaste. Les exemples de béninoiserie sont légion, et ce à tous les échelons de la société. « Dans une administration, un chef de service éconduit par une employée qu’il courtisait peut tout simplement bloquer les ordres de mission pour l’empêcher de partir, alors qu’il sait que ce sont les indemnités de voyage qui arrondissent les fins de mois chez les fonctionnaires. Ni lui, ni personne ne partira à la place », raconte Mireille. Sorcellerie De la simple méchanceté, la béninoiserie peut aller jusqu’au meurtre, par empoisonnement, et aux attaques mystiques. « Au lieu de travailler pour être au même niveau que l’autre, certains vont chez un féticheur pour vous couper le souffle », explique Richard Flash. « Les attaques occultes sont monnaie courante, renchérit Sessi. On vous nuit par la sorcellerie. On peut vous enlever votre lucidité par exemple ou même tout simplement se débarrasser de vous. Et ils essayent. Le tout est après de savoir si votre force protectrice va au-delà de leur force de nuisance. » Comment se protéger ? « Par la prière », avoue Mireille. « Et puis j’essaie de me faire la plus discrète possible pour qu’on ne pense pas à moi. D’autres vont se tourner vers les forces occultes, mais ça finit toujours par se retourner contre eux. » « Je me sais exposé, reconnaît Richard Flash, mais quand tu vas chez un féticheur, ce même féticheur est capable de t’emprisonner, de t’utiliser pour faire briller sa propre étoile. Certains estiment qu’il faut faire confiance à Dieu, mais pour cela il faut avoir une vraie foi. Pour ma part, je fais très attention. Les proches sont les plus dangereux. J’ai plutôt peur de mes amis que de mes ennemis. Car mes ennemis ne connaissent pas mes faiblesses et ne peuvent pas m’atteindre. » Craintes de la diaspora « Il y a trois millions de Béninois de l’extérieur. Il y en a plein qui ne reviennent pas au pays parce qu’ils ont peur de ça. Qu’on leur nuise ou qu’on veuille les mettre à terre. Ils se disent qu’ils sont à l’abri à l’étranger, et ils ont raison. Moi si j’ai l’opportunité de partir, je pars », analyse Mireille. « La solution idoine contre la béninoiserie est de vivre caché. La diaspora béninoise dispose d’un énorme potentiel économique pour développer le pays, mais personne ne le fait à cause justement de cette méfiance qu’elle entretient à l’égard des siens », poursuit Sessi. La béninoiserie n’est pas un phénomène exclusivement national. Il s’exporte à travers la diaspora. « A l’extérieur, un Béninois en poste qui voit arriver un autre Béninois le verra comme un élément gênant qu’il faut éliminer. Il n’hésitera pas à médire de lui, à le disqualifier auprès de la hiérarchie, même si c’est un bon élément. Ici comme ailleurs, la béninoiserie entraîne la promotion des médiocres », commente Sessi, qui affirme se moquer de tout ça et être prêt à dénoncer ouvertement ce problème. « Qu’on me laisse avancer, c’est tout ! » Aucun membre de la classe politique n’a, jusque-là, jeté un pavé dans la marre. Les initiatives d’Etat entreprises pour courtiser la diaspora et sa puissance économique n’ont absolument pas pris en compte un élément qui paraît pourtant central dans la culture du pays. Les racines de la désaffection des Béninois de l’extérieur à l’égard de leur patrie se cachent sans doute en partie dans cette béninoiserie que les décideurs semblent négliger. Rétablir la confiance entre tous les enfants du Bénin est un travail de longue haleine nécessaire pour bâtir le socle d’une nation unie et prospère. A chacun donc de balayer devant sa porte et de faire un pas vers l’autre.

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