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04 mars 2013

Une journée à Cotonou

Pour les Béninois comme pour l’État, l’Histoire n’est pas seulement le récit des événements passés. Elle constitue, bien plus, une source inépuisable de trésors au "pays du vodoun" .








Reportage à Cotonou

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50e anniversaire – Bénin : un fier passé remis au goût du jour (par Syfia Bénin).
     "Pour les Béninois comme pour l’État, l’Histoire n’est pas seulement le récit des événements passés. Elle constitue, bien plus, une source inépuisable de trésors au "pays du vodoun" qui célèbre, le 1er août prochain, le cinquantenaire de son indépendance. À pas prudents, une dizaine de touristes béninois descendent dans l’un des abris souterrains d’Agongointo, localité rurale située à 150 km au nord de Cotonou, la métropole économique du Bénin. À plus de sept mètres sous terre, ils découvrent des chambres circulaires étagées utilisées entre les 18 et 19e siècles comme bunkers par les soldats de l’ancien royaume du Dahomey en guerre contre des ethnies rivales (Mahi, Yoruba..). "Le système de voûte explique la résistance de ces abris qui, bien qu’étant construits sans fer ni béton, restent intacts depuis des siècles", explique Arimi, le guide. "Nos ancêtres étaient de véritables physiciens !", s’exclament avec fierté des visiteurs. Découvert en 1998 lors de la construction d’une voie bitumée, puis réhabilité grâce à la Coopération danoise, le site d’Agongointo accueille depuis deux ans des milliers de touristes béninois et étrangers. D’autres éléments du patrimoine culturel du pays, tant matériels (palais royaux, musées) qu’immatériels (musique, danses, masques sacrés), bénéficient eux aussi d’une "attention particulière des autorités, car ils ont une fonction éducative, par la connaissance de l’histoire, et une fonction économique, grâce au tourisme", déclare Zéphirin Daavo, de la Direction du patrimoine culturel au ministère chargé de la Culture. Renaissance culturelle La revalorisation du passé constitue l’un des points importants du bilan culturel du Bénin, l’ex-Dahomey, ancienne colonie française devenue indépendante le 1er août 1960. A la veille de la célébration du cinquantenaire, l’État et les privés organisent foires et concerts, colloques et conférences sur le bilan de l’indépendance... Ces manifestations s’ajoutent aux autres déjà tenues cette année : 16e édition de la fête des religions traditionnelles, colloque sur le centenaire de la mort du roi Toffa (1874-1908), festival de danses et masques rituels… Avant 1960, le système colonial ne favorisait guère l’expression authentique des cultures traditionnelles qu'il considérait comme "sauvages". L’instabilité politique, avec plusieurs coups d’État au cours des premières années d'indépendance, n’a pas, non plus, permis aux Béninois de revaloriser leur passé. Pas plus que la période "révolutionnaire" (1972-1989) marquée par la lutte contre "l'obscurantisme" incarné, selon le régime marxiste-léniniste, par les religions et les traditions. Changement de cap en 1990, avec le début du processus démocratique. Les cultes traditionnels refont surface ; royautés et chefferies réapparaissent ; un journaliste lance le label Bénin Passion qui remet au goût du jour les anciennes gloires musicales… En 2008, l’État, pour mieux accompagner les initiatives privées, multiplie par quatre la subvention du Fonds d’aide à la culture, qui passe à 1 milliard de Fcfa (plus de 1,5 million €). Dès 1991, l’Etat se dote par ailleurs d’une Charte culturelle. Il organise, en 1993, Ouidah 92 (festival international sur la réhabilitation des cultures endogènes), lance, avec l’Unesco, La Route de l’esclave qui a permis de reconstituer à Ouidah (une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Cotonou) le parcours des esclaves avant leur embarquement sur les navires négriers. Chaque année, des centaines de touristes font, avec émotion, le circuit allant du Temple des pythons à la Porte du non-retour sur la plage. Assumer son identité "L’État a fait de gros efforts ces dix dernières années pour réhabiliter les musées, affirme Zéphirin Daavo. Actuellement, nous en avons huit, ce qui est l’un des effectifs les plus élevés dans la sous-région ouest africaine francophone." En 2001, l’Unesco a inscrit les masques Gèlèdé sur la liste du patrimoine mondial, seize ans après l’inscription des palais royaux d’Abomey. "La célébration du passé est une nécessité vitale pour les Béninois, estime l’écrivain Florent Hessou, directeur du Ballet national. Les cultures étrangères nous envahissent et nous devons assumer notre identité pour mieux construire le présent". Il ne s’agit toutefois pas d'avoir une vision idéalisée du passé qui, selon l’historien Félix Iroko, a aussi ses tares. Dans son essai La Côte des esclaves et la traite atlantique, publié en 2003, cet universitaire évoque notamment la responsabilité des Africains dans la traite négrière. Pour Oscar Kidjo, directeur de la promotion artistique et culturelle au ministère chargé de la Culture, il reste par ailleurs du travail pour que les Béninois se réapproprient leur histoire : "La plupart des activités culturelles sont précaires et leur qualité laisse à désirer". De son côté, Zéphirin Daavo souhaite que l’État recrute davantage d’agents pour animer les musées. Dah Alligbonon, un chef de culte vodoun, déplore lui "l’apparition d’une classe d’opportunistes déguisés en chefs religieux". Quant au professeur de lettres Roger Gbégnonvi et beaucoup de Béninois, ils critiquent les aspects négatifs, selon eux, du vodoun (excès de l’ésotérisme, résistances au changement, etc.). "Certes, tout est loin d’être parfait et l’attrait pour le passé peut s’expliquer par les difficultés [économiques et politiques, Ndlr] du présent, relève Florent Hessou. Toutefois, je préfère la célébration du passé au mépris de notre culture."




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